En février 2022, à l’occasion d’un voyage en Laponie à la rencontre des traditions chamaniques du pays Sami, Gérard Longuet vit une expérience initiatique puissante au coeur de la nature. Voici le récit d’une expérience intérieure.

 

Quand le roman inspire ma vie

C’est en lisant le roman d’Olivier Truc « Le Dernier Lapon » que m’est venu l’envie d’aller à la rencontre de la culture Sami. 

Au coeur d’un vaste territoire situé au nord de la Scandinavie, à cheval sur 4 pays: la Suède, la Norvège, la Finlande et une frontière commune avec la Russie à la hauteur de la péninsule de Kola; vivent depuis la nuit des temps, environ 100.000 samis nourris de religion traditionnelle animiste et chamanique. La Laponie présente des paysages déroutants pour un habitant lambda d’une région tempérée comme la nôtre. Ici, plus qu’ailleurs, tout nous rappelle à l’essentiel: la végétation, l’immensité des lacs, les forêts, le climat, la beauté sauvage de paysages de début du monde.

Mon entrée dans le cercle polaire c’est faite par Kiruna; puis à Karesuando porte d’une des dernières forêts primaires boréales. 

Une nature encore sauvage

Elle abrite encore de nombreuses espèces animales qui vivent en liberté: des meutes de loups, plusieurs milliers d’ours, des troupeaux de rennes, de caribous ou d’élans qui partagent l’espace avec autant de renards, de lapins et perdrix des neiges ou autres gloutons. Une faune incroyablement prolifique au vue des conditions climatiques. Le soleil ne se montre pas pendant plus de deux mois. `

De fait, la nature et les animaux jouent un rôle déterminant dans la vie des Samis tant au niveau alimentaire que spirituel. L’hiver le climat y est particulièrement rigoureux, les vastes lacs gelés semblent allonger l’horizon jusqu’à l’infini pour être soudainement barrés par d’immenses forêts couvertes de neige épaisse et ouatée. Au printemps la fonte des neiges et le réchauffement libèrent une profusion de plantes qui jaillissent en couleurs variées simultanément à  l’apparition de millions de moustiques vrombissants…

Un ancien témoignage direct de l’an 890 décrit les Samis comme des nomades qui vivent de chasse, de pêche et de cueillette mais aussi de l’élevage de rennes domestiqués. Leur objectif et leur devise être et demeurer en vie.

Initiation en forêt laponne

À notre arrivée, dès le premier jour, il nous faut nous vêtir de vêtements adaptés au grand froid. En février, la température peut atteindre -28 °. En réalité, passées les premières appréhensions, ce froid sec et vif s’est relevé parfaitement supportable. Puis, nous prenons la direction d’un camp forestier situé à quelques kilomètres de Kiruna pour un premier contact avec de vastes espaces de forêts enneigées. 

Trois heures de randonnée en raquettes en pleine forêt laponne. Une expérience qui fait désormais partie des émotions fortes de ma vie : un rêve qui se réalise.

Le charme féerique et magique de la forêt enneigée fait son effet dès les premiers mètres. Nous suivons le bord d’un lac gelé bordé d’une immense forêt essentiellement composés de pins et bouleaux à perte de vue. L’air vif et les joues rouges, nous rejoignons le camp, totalement conquis par la beauté sauvage et lumineuse qui nous entoure.

La magie des aurores boréales

Nous nous sommes retrouvés dans une hutte laponne de forme conique. Au centre, un foyer de pierre avec un trou dans le toit pour laisser s’échapper la fumée d’un feu de bois. Puis, après avoir dégusté des saucisses grillées au feu de bois, aux alentours de 22 heures, nous sommes partis à la recherche des aurores boréales. 

Notre petit groupe décide de s’installer au bord d’un lac dans un espace parfaitement dégagé.  Nous sommes fins prêt.e.s pour admirer ce phénomène étrange offert par la nature. Après une attente fébrile et pendant près de deux heures, nous avons enfin eu la chance incroyable d’admirer des aurores boréales. Elles apparaissent soudainement dans la nuit noire sans que rien ne le laisse présager… au moins pour le profane… Elles se déplacent dans le ciel comme des vagues, formant des tunnels ascendants et mouvants de luminosités vertes, rouges et roses. Et se déplacent comme par magie dans toutes les directions.

La tradition chamanique Sami est elle aussi très fascinante, elle trouve sa force et sa simplicité dans le dépendance de l’homme à la nature. Ici, impossible de vivre sans respecter un environnement qui nécessite une écoute et une adaptation ancestrale. Seule l’appartenance à cette culture traditionnelle permet de faire alliance avec les « esprits de la Nature » et de prélever ce dont l’homme a besoin pour sa survie. Un rappel magique essentiel, un peu déstabilisant et si enrichissant.

Entrer dans le « cercle polaire » était un rêve pour moi et,  j’y ai découvert un espace magique, intemporel, voire mythique qui a facilité une rencontre profonde avec moi-même et à restaurer un sentiment d’unité oubliée. La pratique qui suit est le fruit de ma rencontre avec la nature en Laponie.

Quand le voyage devient intérieur

« Ne créez rien, n’inventez rien… devenez  juste un pur regard «

Le monde de la nature peut parfois nous donner un sentiment d’écrasement quand nous nous imaginons nous perdre dans son immensité.  En même temps que nous nous identifions à notre corps – objet fini et limité dans l’espace et dans le temps. 

Que sommes-nous face à cet infini? Et si au lieu de nous identifier à notre corps et à ses limites, nous nous identifions à l’espace? 

Pratique tantrique dans la Nature

Face à l’immensité du paysage,  je vous invite à laisser ce paysage  à entrer en vous. Faites-le entrer par vos yeux, notre nez, vos oreilles, votre bouche, vos fontanelles et progressivement dans toutes les parties de votre corps…

Votre corps devient alors le réceptacle du paysage, de l’espace, …Laissez ce spectacle de la nature entrer en vous. Soyez comme un enfant qui regarde  et absorbe l’information sans se presser, sans but, en restant dans l’ouverture innocente de vos sens…sans jugement, sans attente, sans anticipation…juste dans ce qui est là…maintenant dans cet espace qui s’ouvre à l’intérieur de vous. Observez  comme l’immensité extérieure invite à l’immensité intérieure. 

Eveillez-vous  simplement à vous même en absorbant l’espace du paysage ! Ne créez rien, n’inventez rien… devenez  juste un pur regard.

État modifié de conscience

En conscience ordinaire, notre regard s’accroche aux choses autour de nous, des « choses » plus ou moins utiles ou connues. Notre vision ordinaire crée ou reconnait les objets que nous percevons et lui colle des étiquettes. Nous  recherchons sans cesse quelque chose à percevoir et à reconnaître, à nommer. Nous suivons inconsciemment des signes pour nous guider. 

Dans cet état de conscience, notre regard est peu disponible pour VOIR. En fait, nous ne regardons pas les choses pour les voir mais pour agir sur le monde et être efficace.

Mais, ici, dans la nature, face à cette immensité vacante, le regard peut lâcher ses attaches et incorporer l’espace. L’attention change d’état et passe en mode ouverture et quitte ses accroches pour entrer dans la contemplation. Il n’y a rien de précis à regarder. Maintenant le regard s’éveille à lui-même en se re-tournant vers l’intérieur.

Devenir ce que je vois

Notre attention fragmentée s’efface et une autre vision se révèle. À présent grâce à l’ouverture à l’espace, on devient ce que l’on voit…c’est à dire l’espace sans limite. La vision du vide extérieur ouvre au vide intérieur.

Maintenant que nous avons rencontré cet espace à l’intérieur de nous, il ne nous quitte plus et nous rappelle à notre vraie nature. Nous nous ouvrons à la transparence, et nous rapprochons dans notre espace intérieur de l’immensité que nous sommes en train de contempler.

Cette perception, réduit à néant le sentiment de séparation entre nous et le paysage qui s’offre à nos yeux et à notre coeur.

Peut-être même que nous pouvons ressentir que le paysage nous regarde. Puis lorsqu’il entre en nous, il nous étale, nous ouvre, nous dilate.

Il nous insuffle un air vif et frais et léger. Nous pouvons sentir au de là du vacillement de nos repères, comment nous nous ouvrons à l’espace du dedans.  

Notre attention gagne en acuité, en largeur et en profondeur. À l’instant où nous  incorporons l’espace, c’est comme si notre corps et notre conscience devenaient un corps de conscience qui s’éveillerait après un long sommeil. Dans cet espace, notre conscience se ressource, se rafraichit et s’assouplit comme nos muscles après un bon massage.

Laissons- nous être massé par des paysages!

Gérard Longuet

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